15.02.2012
à votre santé!
Sur Internet, la Suisse se présente souvent comme « ouverte au monde ». Pourtant, entre l'individu, dans lequel on peut trouver du très bon comme du très mauvais, et le pays, on trouve toutes sortes d'échelons plutôt fermés, méfiants et un peu attardés. Les migrantes comme moi sont bien placées pour le savoir. Elles sont parfois coiffeuses, cuisinières, souvent ingénieures, physiciennes, professeures et doivent subir un regard souvent condescendant, pour leur couleur de peau et les traits de leur visage. Je suis médecin. Ou plutôt je l'étais avant d'arriver en Suisse – pays merveilleux ou les diplômes sont si brillants que tous ceux qui viennent d'ailleurs ne valent rien. Les milieux académiques sont académiquement ouverts et novateurs, socialement fermés, méfiants et un peu attardés.
J'en connais beaucoup qui ont dû refaire toutes leurs études en Suisse. C'est avant tout du marketing. On donne ainsi l'impression aux étrangers qu'ils en savent moins que les gens formés ici. Dans leur pays (en Afrique, en Asie, en Europe...) on le répète et on se dit que ces Suisses sont vraiment supérieurement formés. L'université de Genève a même inventé des dispositions qui, dans certaines formations, ne donnent pas les mêmes droits, sur le marché du travail, aux étrangers qu'aux Suisses. Ça, c'est novateur!
Après des dizaines de postulations et essais de reconnaissance de mon diplôme argentin, je constate que les Suisses sont peut-être un peu fermés et méfiants. Ils sont surtout ignorants de ce qui se passe dans le monde. La palme de l'efficacité en médecine, au niveau mondial, revient sans doute à Cuba. Les termes de « santé communautaire » y ont, plus qu'ailleurs, pris une signification concrète. La Suisse, qui adore se vautrer dans la recherche de pointe en biologie moléculaire mais rechigne toujours à investir dans la prévention, en est loin. Mon diplôme argentin ne vaut pas plus qu'un diplôme de médecine suisse ou français. Ni moins. Le niveau des universités publiques argentines n'a, de manière générale rien à envier à l'Europe. Au niveau sud-américain, les Chiliens et les Brésiliens sont clairement au-dessus du lot (les premiers à cause de la grande germanisation due aux grandes vagues d'immigration allemande et suisse depuis 150 ans. Aussi à cause d'une dictature qui a fortement discipliné le pays, à ce qu'on dit. Les Brésiliens n'ont, eux, aucune excuse pour être aussi bons, à part peut-être un financement public bien pensé). Une personne de classe moyenne, dans tous ces pays, a accès à de très bons soins.
De ce côté-ci de l'Atlantique, la formation de l'Union européenne a fait peur à pas mal de gens, peur des envahisseurs étrangers, peur de la concurrence. Du coup, on se ferme et on se méfie, et on trie désormais sur un critère géographique en empêchant la reconnaissance des diplômés acquis hors de l'UE, et non sur un critère de qualité. Résultat: une qualité parfois très moyenne. Tenter une seule fois de se présenter aux urgences des HUG suffit à s'en convaincre. Expérience faite: 8 heures d'attente pour qu'on me dise qu'il faut que j'aie vraiment, vraiment mal avant de revenir. De toute façon, il n'y avait personne ce jour-là qui pût m'opérer. Les diagnostics flous ne sont, selon mes compagnons suisses, pas rares, surtout chez les médecins âgés (les plus jeunes étant, eux, surchargés). L'empathie envers le patient, par contre, se trouve assez peu souvent. J'ai moi-même vu des manipulations douteuses et des règles d'hygiène basiques mal suivies. Il paraît que le privé est meilleur mais bien trop cher pour le commun des mortels comme moi. Pas de chance!
En somme, non seulement je ne peux pas travailler, mais en plus je dois subir, sans choix possible, tout cela. Je n'ai que mes yeux pour pleurer la chute drastique de mon niveau de vie en passant d'Argentine en Suisse. Comment un pays d'horlogers peut-il produire quelque chose de si mal organisé? Pourquoi ce goût exacerbé de la théorie et cette peine généralisée dans la pratique? Pourquoi ce mélange, si énervant, de méfiance et de condescendance?
23:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, médecine, suisse, argentine, chili, brésil, qualité, recherche, soins, urgences
10.02.2012
Voyages grand confort
Toute l'Europe est congelée. Dans les grandes villes on s'organise comme on peut. A Genève, où par tradition on râle pour de rire mais on ne fait rien, personne ne bouge. Une conduite d'eau éclate dans une seule rue, et c'est l'ensemble de la circulation, automobiles et transports publics, qui est paralysée, comme si la ville ne contenait que trois rues. Difficile d'imaginer un système aussi mal organisé. L'Amérique du Sud ne l'est pas toujours non plus, mais on y sait improviser et trouver des solutions spontanée Rien de tel ici. Le seul moyen d'arriver à un point de cette ville en moins de deux heures, c'est encore d'y aller à pied!
Etant prévenue de cela (puisque cela se produit chaque jour), je sais que je dois m'y prendre tôt si d'aventure je dois me rendre à la gare pour prendre un train. La gare de Genève est (depuis toujours, paraît-il) un chantier. En effet, elle méritera toujours d'être améliorée, puisqu'elle est, à la base, mal structurée. Un parking souterrain à la disposition farfelue laisse sortir les véhicules devant la gare, débarquant de biais dans les voies dévolues aux taxis, aux bus et aux trams. Du coup, tout est appelé à se téléscoper à un moment ou à un autre. Entrer dans la gare, fraîchement refaite, exige un minimum de patience. D'abord pour avoir des renseignements (longues queues aux heures où la plupart des gens ne travaillent pas et ont le temps d'y aller - là encore, j'ai souvent dû abandonner par manque de temps à perdre, et revenir le lendemain). Ensuite pour trouver des distributeurs de billets, tous amassés dans un coin, hors du bâtiment. Evidemment, lorsqu'on ne connaît pas l'endroit, il faut s'amuser à deviner où ils sont. Enfin, si vous arrivez sur le fil et que vous ne savez pas exactement combien de temps il vous reste avant le départ, vous risquez de chercher une horloge (qui indique l'heure précise en vigueur pour les trains) pendant longtemps. J'en ai finalement trouvé une, au sommet des escaliers qui descendent vers une galerie marchande miniature.
La population, apparemment, aime bien être entassée dans des trams ou des bus, attendre longtemps et faire des détours. Je pars du principe que la classe politique ne voyage pas en transports publics et laisse tout cela à la populasse. Celle-ci s'estime heureuse de pouvoir voyage dans des véhicules à la pointe de la modernité. Sans se douter que dans certaines villes (Buenos Aires pour ne citer qu'elle), les gens peuvent aller dans tous les quartiers qu'ils veulent de manière confortable. Je sais aussi que la ville de Santiago du Chili a expérimenté en 2007 un changement radical de ses transports publics. Ce fut un grand chaos, des files d'attente sans fin, des entreprises en peine car leurs collaborateurs arrivaient chaque matin avec deux ou trois heures de retard, etc. Un ami suisse me suggérait alors qu'avec un savoir-faire urbanistique européen, tout se serait mieux passé. Je constate aujourd'hui à quel point il se trompait: personne ici n'a réussi à fournir des transports publics efficients à cette miniville qu'est Genève.
Miniville où les gens se prennent souvent pour de très grandes personnes. Mais là, je dois y aller, j'en dirai plus de mal dès demain.
08.02.2012
Six mois déjà
La ville de Genève ressort régulièrement parmi les villes où le niveau de vie est le plus élevé. Me voilà depuis six mois dans cette ville qui paraît si jolie et si "classe", vue de l'extérieur. Six mois pour déchanter graduellement en apprenant à vivre à la Genevoise. Le constat est donc fait et je suis certaine que personne, absolument personne, parmi les autochtones, ne s'en offusquera: on vit mal à Genève. Beaucoup de gens le disent pour râler; je le dis pour informer. C'est un peu l'histoire d'une ville qui a vraiment cru, à un moment donné, qu'elle était une grande ville, à force de l'écouter dire un peu partout. J'y croyais évidemment, avant de quitter mon Entre Rios natal pour suivre mon mari jusqu'ici.
S'il faut raconter Genève vu de l'extérieur, ou plutôt raconter comment on en vient à découvrir Genève de l'intérieur, il faut y mettre les mots, c'est pourquoi mon français est révisé par un francophone du cru (qui est lui-même trop blasé pour penser encore à se plaindre).
Arriver à Genève, c'est aller de la surprise à la déception et de la déception à la franche colère, tant on se rend compte de ce que personne ne dit: on vit infiniment mieux en banlieue de Buenos Aires ou de Mexico que dans le centre de Genève (si on peut parler de centre). On arrive pour mille raisons, travail (comme Kurt, mon époux), études, amour, ou autres. Mais pour ceux qui sont forcés à venir, ne serait que forcés moralement pour suivre leur famille, l'accueil, c'est le moins qu'on puisse dire, est glacial.
Puisque je suis (temporairement, j'espère) tenue de vivre ici, autant témoigner de ce que je vois, à la fois pour les étrangers qui hésitent à venir, pour qu'ils sachent à quoi ils s'exposent, et pour les Suisses qui croient encore qu'ils ont de la chance de vivre dans un si beau pays.
Au premier contact la Suisse est un pays beau et cher. Non seulement à la consommation, mais aussi aux impôts. La plupart des gens râlent au moment de payer leurs impôts mais sont souvent fiers de dire qu'ici, on sait pourquoi on les paie: rues propres, sécurité, transports publics ponctuels, éducation, santé.
Parlons-en.
Quand, à Buenos Aires ou ailleurs en Argentine, je devais me déplacer urgemment, je ne prenais pas les transports publics. Tout simplement parce que les taxis y sont à un prix abordable. Dans beaucoup de lieux, il existe aussi des solutions plus adaptées, par exemple les « collectifs », des taxis au parcours prédéfini, qui tournent en boucle et font quelques détours sur leur chemin pour satisfaire les passagers. J'ai bien l'impression que personne en Suisse n'oserait inventer quelque chose d'aussi peu traditionnel et d'aussi pratique. Ici, lorsque je dois me déplacer urgemment, je commence par m'énerver, car je sais que je ne pourrai pas le faire aussi vite que je le voudrais. Puis j'essaie de prendre un tram. Mais les trams passent de manière aléatoire. Avec le froid qu'il fait ces jours-ci, je m'énerve encore plus. Lorsqu'un tram arrive, il est trop plein pour me permettre d'y entrer et je dois attendre le suivant. Lorsque le suivant arrive, j'y entre et reste coincée 15 ou 20 minutes entre toutes sortes de personnes dont je n'ai pas vraiment envie de voir le visage ni de sentir l'odeur. Je risque au passage de me faire bousculer et dans le meilleur des cas, je dois juste supporter les conversations débiles des ados. En tous les cas, on voyage mieux en Amérique du Sud. Surtout par grand froid. Moins cher au billet. Moins cher en impôts. Sur ce, il est temps de m'arrêter pour aujourd'hui, mais il me reste beaucoup de mal à dire dans un prochain texte sur ce sujet.
23:10 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : genève transports froid gestion



